Dans une leçon publiée dans un journal en 1930, J. Van Cleft Cooper aborde le sujet avec une phrase rassurante : compter les points au backgammon est très simple. Il explique ensuite une méthode utilisant un bol d’allumettes ordinaires, puis s’emmêle dans le décompte.

La chronique, reproduite dans la collection historique d’Albert Steg, commence avec une allumette sur la barre pour représenter une partie d’une valeur de un. Au premier doublement, on en ajoute une, ce qui en fait deux, mais les instructions passent ensuite à un troisième doublement qui mettrait quatre allumettes sur la barre. En partant de un, des doublements successifs devraient donner deux, quatre et huit.

C’est une petite erreur dans une leçon de jeu, et une bonne entrée dans cette époque où de petits bouts de bois posés sur le plateau pouvaient indiquer l’enjeu.

Un doublement que l’on pouvait simplement annoncer

Dans les instructions de Grosvenor Nicholas de 1928, un joueur propose de doubler l’enjeu avant de lancer les dés. L’adversaire peut accepter et continuer, ou abandonner l’enjeu en cours et commencer une autre partie. Ce paragraphe explique l’accord entièrement avec des mots.

Le repère matériel est une autre question. Il faut se souvenir de la valeur de la partie et de la personne qui peut proposer le doublement suivant ; l’accord verbal fonctionne tant que tout le monde garde le même état du jeu en mémoire.

Que représente une allumette ?

La chronique de Cooper décrit aussi une autre méthode, avec une allumette placée sur la barre pour chaque doublement. Trois allumettes signifient alors que l’enjeu initial a été doublé trois fois, ce qui donne une partie d’une valeur de huit. Plus loin dans la même chronique, il fait correctement ce calcul.

Dans The New Backgammon (1930), Elizabeth Clark Boyden décrit également ce comptage des doublements ; un diagramme de son livre montre même les allumettes en travers de la barre. Si l’on comptait plutôt les allumettes comme des points, il en faudrait huit pour un enjeu de huit. Les deux méthodes peuvent représenter la même partie, à condition de s’accorder sur la convention utilisée.

Diagramme 7 du livre de Boyden de 1930 : deux allumettes sont posées en travers de la barre d’un plateau de backgammon.
Deux allumettes sur la barre dans The New Backgammon d’Elizabeth Clark Boyden (1930), diagramme 7, p. 39.Source : collection Albert Steg, New England Backgammon Club. Source · Domaine public aux États-Unis.Voir l’image complète
Nombre d’allumettes pour un enjeu initial de 1, selon la convention de comptage.
DoublementsEnjeuUne par pointUne par doublement
1221
2442
3883

La distinction se perd facilement dans une explication. Une allumette peut représenter une unité de valeur, ou une opération qui double cette valeur. La chronique de Cooper passe d’un système à l’autre, ce qui donne un certain charme à son entrée en matière si assurée.

Un videau proposé à trois dollars

Détail d’une publicité de Marshall Field montrant deux personnes jouant au backgammon. La numérisation complète est accessible ci-dessous.
Détail d’une publicité de Marshall Field & Company dans le Chicago Tribune du 26 mai 1930. L’annonce complète propose des « Doubling Dice » à 3 dollars l’unité.Numérisation : collection Albert Steg, 20th-Century American Backgammon. Source · Domaine public aux États-Unis.Voir l’image complète

Le 26 mai 1930, une publicité de Marshall Field & Company dans le Chicago Tribune proposait déjà des dés de doublement à 3 dollars l’unité, à côté des jeux de backgammon complets et des jeux de voyage. Ses illustrations présentent aussi bien deux adversaires qu’un groupe réuni autour d’un plateau.

Cette publicité atteste la vente d’un videau à cette date. Steg la présente comme la plus ancienne représentation qu’il ait trouvée, ce qui ne suffit pas à dater la première idée d’en fabriquer un. Son travail sur les premiers accessoires de doublement retrace aussi les récits concurrents concernant l’introduction du doublement lui-même.

Un nombre que l’on pouvait placer devant un joueur

Les instructions de Ralph A. Bond de 1930 décrivent un cube portant les nombres 2, 4, 8, 16, 32 et 64. Le tourner permet d’afficher l’enjeu, tandis que le placer devant un joueur peut indiquer qui a le droit de proposer le doublement suivant.

L’objet remplit ainsi deux fonctions, ce qui explique pourquoi son emplacement compte autant que sa face supérieure. Notre article sur le rôle du videau dans un match explore les décisions qui découlent de cette possession.

L’accessoire à 3 dollars de la publicité paraît assez pratique une fois que l’on a essayé de tenir le compte avec toutes ces allumettes.

Le travail d’Albert Steg, « Early Doublers & Cube Evolution », a guidé la recherche et fournit les documents d’époque reproduits : la chronique de J. Van Cleft Cooper dans le St. Louis Post-Dispatch du 9 octobre 1930, le diagramme de Boyden de 1930, les instructions de Nicholas de 1928, la publicité de Marshall Field du 26 mai 1930 et les instructions de Bond de 1930. Nous avons examiné directement ces extraits. Le tableau est notre comparaison arithmétique des conventions décrites. Ces documents ne désignent ni un inventeur unique incontesté ni une date d’invention précise.